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PERFORMANCE DURABLE : LE RÔLE STRATÉGIQUE DU MANAGER AU SERVICE DU COLLECTIF

Accroître le rendement d’une équipe est un défi universel, permanent et profondément humain. Dans toutes les organisations entreprises privées, administrations publiques, institutions internationales, ONG les dirigeants font face à la même question : comment obtenir des résultats durables sans épuiser les personnes ni dégrader le sens du travail ?

Le rôle du manager a profondément évolué. Il n’est plus seulement celui qui supervise, décide ou corrige. Il est devenu l’architecte de la performance collective et, simultanément, le facilitateur du travail réel. La réponse n’est ni dans le contrôle excessif, ni dans la multiplication des indicateurs, ni dans la recherche obsessionnelle de talents exceptionnels. Elle réside ailleurs, dans la manière dont le travail est organisé, facilité, reconnu et porté collectivement.

Cet article propose une lecture stratégique et opérationnelle de ce rôle, en s’appuyant sur les grandes théories du management (Drucker, Mintzberg, leadership contemporain), mais aussi sur des situations génériques observées dans des contextes internationaux, multiculturels.
Il s’adresse aux dirigeants, responsables RH, consultants et leaders engagés dans la construction d’organisations performantes par et pour l’humain.

La performance collective : une notion souvent mal comprise

Dans de nombreuses organisations, la performance est encore pensée comme la somme de performances individuelles. Cette approche conduit à valoriser excessivement les meilleurs éléments, à instaurer des logiques de compétition interne et, paradoxalement, à fragiliser l’efficacité globale.

Peter Drucker rappelait déjà que la productivité d’une organisation ne dépend pas de l’excellence individuelle isolée, mais de la qualité des contributions coordonnées. Une équipe performante n’est pas composée uniquement de talents brillants, mais de personnes capables de travailler ensemble de manière cohérente, complémentaire et orientée vers un objectif commun. Dans les environnements complexes et incertains, la performance collective repose moins sur “qui fait quoi” que sur comment le travail circule, comment les décisions sont prises et comment les difficultés sont traitées.

Henry Mintzberg a largement contribué à déconstruire une vision simpliste de l’organisation. Pour lui, une organisation n’est pas une machine composée de pièces interchangeables, mais un système vivant, fait d’interactions, de compromis, de régulations formelles et informelles. Dans cette perspective, la performance collective ne peut jamais être réduite à un organigramme, un reporting, ni à un tableau de bord d’indicateurs. Elle émerge de la qualité des relations de travail, de la clarté des rôles, du niveau de coopération entre fonctions et de la capacité du management à créer de la cohérence. C’est pourquoi il est fréquent d’observer des équipes composées de professionnels compétents, expérimentés et engagés produire des résultats médiocres. Non pas par manque de compétences, mais par défaut d’architecture organisationnelle et managériale (objectifs contradictoires, priorités floues, décisions retardées, manque de coordination interservices et surcharge informationnelle). Dans ces situations, améliorer la performance ne consiste pas à « exiger davantage » des individus, mais à repenser les conditions dans lesquelles ils travaillent.

Pression, urgence et illusion de l’efficacité

Dans de nombreux contextes notamment en période de transformation, de crise ou de réforme les dirigeants ont tendance à augmenter la pression sur les équipes, délais plus courts, objectifs plus élevés, exigences accrues. Or, cette logique produit souvent l’effet inverse de celui recherché. Les situations génériques sont connues :

  • Multiplication des urgences ;
  • Réunions enchaînées sans valeur ajoutée ;
  • Priorités qui changent constamment ;
  • Sentiment de courir après le temps sans jamais reprendre la maîtrise.

À court terme, cette pression peut donner l’illusion de l’efficacité. À moyen et long terme, elle engendre une fatigue chronique, une baisse de la qualité, un désengagement progressif, un comportements défensifs et fragmentation du collectif. Le paradoxe est là : plus la pression augmente, plus la performance collective se dégrade si elle n’est pas accompagnée d’un travail managérial sur le sens, la clarté et les arbitrages. Le premier rôle du manager-architecte est donc de réguler la pression, non de l’amplifier.

Le manager comme architecte de la performance collective

Être architecte de la performance collective ne signifie pas tout contrôler, mais concevoir un environnement de travail propice à la contribution de chacun. Dans des environnements exigeants, l’un des leviers les plus puissants et les plus sous-estimés du management est la capacité à mettre les choses en perspective. Il faut rappeler que, le travail est important et les résultats comptent, mais que le travail n’est pas toute la vie. Ce rappel n’est ni naïf ni « laxiste ». Il est profondément stratégique. Les recherches contemporaines sur l’engagement montrent qu’un collaborateur qui se sent reconnu comme une personne entière et non uniquement comme une ressource est plus engagé, plus responsable et plus durablement performant.

Créer cet équilibre relève de décisions concrètes sur :

  • La gestion raisonnable des charges ;
  • Le respect des temps de réalisation ;
  • La reconnaissance des contraintes personnelles ;
  • Le discours managérial cohérent avec les pratiques.

Un piège classique du management consiste à concentrer l’attention sur les plus performants, les plus visibles ou les plus exigeants. Il est tentant de ne « voir » que les A+, ceux qui brillent, livrent vite et rassurent la hiérarchie. Pourtant, aucune performance collective durable ne repose uniquement sur une minorité. Dans toute équipe certains contribuent par leur expertise, d’autres par leur fiabilité, d’autres encore par leur capacité à stabiliser, relier, transmettre. Le rôle du manager-architecte est d’identifier ces contributions diverses et de leur donner une place légitime. Cette justice managériale est un facteur clé de cohésion et d’efficacité.

Le manager comme facilitateur du travail et du sens

Si l’architecte conçoit, le facilitateur rend le travail possible au quotidien et le temps est la ressource la plus rare et la plus maltraitée dans les organisations. Un manager qui arrive régulièrement en retard banalise le gaspillage du temps, envoie un signal négatif et mine la discipline collective. En revanche, être ponctuel, préparer les réunions, respecter les agendas ne sont pas des détails. Ce sont des actes managériaux structurants. Les réunions, en particulier, devraient être pensées comme des outils de création de valeur, et non comme des habitudes ou des rituels vides. Faciliter le travail, c’est aussi savoir ne pas intervenir inutilement. Le micro-management, souvent justifié par la recherche de qualité ou de contrôle, produit une perte d’autonomie, une démotivation progressive et une surcharge décisionnelle pour le manager. Faire confiance ne signifie pas abandonner mais cela implique des objectifs clairs, des règles du jeu explicites, des points de suivi pertinents et le respect du temps de concentration.

Reconnaître l’échec pour continuer d’avancer

La manière dont un manager traite l’échec est révélatrice de sa maturité. Lorsqu’un projet n’atteint pas les résultats escomptés, deux attitudes sont possibles : chercher un responsable, ou analyser collectivement ce qui n’a pas fonctionné. Reconnaître un échec y compris managérial n’est pas un signe de faiblesse. C’est un acte de leadership et les organisations performantes sont celles qui savent tirer des enseignements, ajuster leurs pratiques et continuer d’avancer sans culpabilisation excessive (le manager joue ici un rôle clé de régulateur émotionnel et stratégique). Les succès individuels sont visibles et facilement mesurables. Les succès collectifs, eux, sont souvent plus discrets, mais infiniment plus structurants. Célébrer une réussite collective, ce n’est pas seulement communiquer. C’est renforcer l’identité de l’équipe, créer un sentiment d’appartenance, rappeler que les résultats sont le fruit d’un effort coordonné. La reconnaissance collective est un puissant levier de mobilisation, notamment dans les contextes interculturels où la notion de collectif est centrale, comme dans de nombreux pays du Maghreb et d’Afrique.

Le conflit comme ressource managériale

De nombreuses organisations cherchent à éviter les conflits à tout prix. Cette approche est contre-productive. Les désaccords sont inévitables dans toute équipe engagée. La question n’est pas de les supprimer, mais de les rendre constructifs. Le rôle du manager-facilitateur est de créer des espaces de dialogue, encourager l’expression des points de vue réguler les tensions avant qu’elles ne deviennent personnelles. Les conflits bien traités sont des moteurs d’apprentissage et d’innovation.

Spécificités du Maghreb et de l’Afrique

Dans de nombreux contextes africains et maghrébins, le manager doit composer avec une forte attente de leadership visible, une valeur élevée accordée au respect et à la relation, des collectifs intergénérationnels et parfois des organisations en transition rapide. Le manager-architecte et facilitateur y trouve une pertinence particulière (donner du cadre sans étouffer, accompagner sans infantiliser, structurer sans rigidifier).

En conclusion, la performance durable d’une équipe ne se décrète pas, elle se construit. Elle repose sur un management capable de concevoir les conditions favorables au travail collectif, de faciliter les contributions de chacun et de donner du sens à l’action quotidienne. Reconnaître les réussites collectives, apprendre des échecs et réguler les conflits sont autant de leviers qui transforment l’engagement en résultats tangibles. Le vrai leadership consiste à combiner principes universels et adaptation aux contextes culturels, afin que chaque membre puisse contribuer pleinement et durablement. Les organisations qui réussiront demain seront celles où la performance est avant tout humaine, collective et intelligemment organisée.

Les organisations qui réussiront demain seront celles dont les dirigeants auront compris que la performance est d’abord humaine, collective et intelligemment organisée.

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